La tension monte de plusieurs crans dans l’Est marquée de plus en plus par l’activisme terroriste des ADF-MTN, y compris à Beni, malgré l’état de siège, ainsi que par les risques en croissance inquiétante d’un affrontement sans ombre entre les armées congolaise et rwandaise. L’an de grâce 2023 s’annonce ainsi chargé pour la République démocratique du Congo qui doit relever deux défis majeurs : sécuritaire et électoral.
En dépit de l’embelie financière du pays souvent annoncée avec pompe, nul n’ignore : la guerre, dont on connait quand elle commence tout en en ignorant le quand et le comment de la fin, coûte cher, très cher. Quant aux élections, leur tenue est menacée par une série de contraintes notamment politiques, sécuritaires et financières, évoquées, le 03 février 2022, par Denis Kadima, le Président de la CENI.
La détérioration de la situation sécuritaire observée ces derniers mois ne conforte pas l’optimisme face au risque sécuritaire persistant susceptible d’affecter négativement la tenue, dans le délai, des élections, du moins dans le Rutshuru et consorts.
Il va sans dire que, face à sa mission constitutionnelle d’assurer l’inviolabilité et la défense de l’intégrité territoriale, dans un contexte de “vide stratégique” suite, d’un côté, à une faible mobilisation des facilitateurs de l’EAC et de l’UA qui pilotent les processus de Nairobi et de Luanda mis en coordination, ainsi que, d’un autre côté, à une faiible attention soutenue des puissances mondiales, spécifiquement des USA, assez pris par le conflit russo-ukrainien, au coeur de la géopolitique mondiale, les autorités congolaises semblent tendre, à grand pas, vers une résolution explicitement armée du problème M23. Tant le chauvisme, peu réaliste ?, animerait nombreux parmi les Congolais manifestement résolus de défendre l’honneur de la patrie, y compris en laissant longtemps des pans entiers du pays sous occupation étrangère aussi longtemps que la force de frappe serait à accroître. Ce, à la manière des promoteurs du “portons la guerre d’où qu’elle vienne”. Considérant exagérement que l’Ukraine n’en fait pas moins.
Problème : « comparaison n’est pas raison ». Pour dire que « toute comparaison a ses limites et ne saurait par conséquent, en aucune façon, faire office de preuve.»
L’Ukraine, soutenue par les puissances occidentales, participe d’une dynamique de continuation de la Guerre froide jamais sanctionnée par un acte de paix. La RDC, quant à elle, est tenue à la promotion de la démocratie libérale, au travers des élections assez transparentes. Ceci pour corriger les ratés de 2018.
L’option militaire, non sans coût supplémentaire, pourrait impacter le financement des élections à bon temps par le gouvernement déterminé, non sans raison, à affirmer, en la matière, la souveraineté de l’Etat. Ce, après l’exploit de 2018.
Dès lors, plutôt que de courir le risque du «fait accompli» devant justifier le report des élections, face à l’urgence sécuritaire attestant pour le moins l’échec de l’état de siège, le Gouvernement ferait oeuvre utile, face aux ennemis tant internes qu’externes du pays, de mettre enfin en oeuvre la promesse de réconciliation nationale évoquée par le Chef de l’État dans son discours d’investiture du 24 janvier 2019.
Car, les discordances et les contradictions internes de nos politiques donnent au Rwanda, dont le Parlement reste monocolore, l’image d’une proie tentante. A cet effet, plutôt que d’imposer le choix entre la sécurité et les élections, le pouvoir congolais pourrait actionner la dynamique de la cohésion nationale sur l’option à lever. Même s’il ne faille pas perdre de vue que la tension avec Kigali découle des méfaits d’une politique peu austère de rapprochement de Kinshasa avec les autorités rwandaises amorcée en 2019.
Car, c’est unis, en taisant leurs différends sans forcément les retrancher, que les Congolais pourraient dissuader leurs ennemis. Quitte à laisser le soin aux populations d’observer et de tirer les conséquences, dans les urnes, des postures de leurs opérateurs politiques de tous bords.
Lembisa Tini