En RDC, plusieurs études démontrent un faible accès des jeunes et adolescents aux services de santé sexuelle et reproductive. Et cela n’est pas sans incidence.
Julie* vit à Bukavu chez ses parents et vient à peine de fêter son vingtième anniversaire. En ce début du mois de septembre 2024, elle est sur le point de prendre une grave décision : appliquer une solution à base du jus de feuille de manioc dans l’espoir d’expulser une grossesse de 12 semaines.
Alors qu’elle demande un dernier conseil au News Letter d’un média congolais spécialisé dans des questions de santé sexuelle et reproductive, on le déconseille de recourir à cette pratique à risques lui partagée par l’une de ses amies. Le média l’oriente vers une organisation de la société civile pour un référencement. Contact pris, elle doit se rendre à Uvira, à près de 105 kilomètres de Bukavu, pour une prise en charge gratuite dans un centre de santé spécialisé.
Sauf qu’elle n’a pas les moyens de transport pour ce déplacement. En plus de cela, elle ne sait comment s’absenter au moins un jour de la maison, sans alerter ses parents, qui ignorent sa situation. L’auteur de la grossesse, lui, est porté disparu.
« Je n’ai plus de ses nouvelles depuis qu’il a appris la nouvelle de la grossesse », affirme-t-elle, désespérée.
En RDC, plusieurs autres jeunes filles et adolescentes rencontrent les mêmes problèmes que Julie. A la base, le faible accès aux services de santé sexuelle et reproductive chez les jeunes et adolescents, notamment les méthodes contraceptives. Ce qui favorise un taux élevé des grossesses non désirées. Et dans la plupart des cas, ces grossesses non désirées poussent les jeunes filles et adolescentes aux avortement clandestins.
Selon une étude réalisée en 2016 par l’Ecole de santé publique, plus de 400 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour à Kinshasa.
Opérés dans des conditions non recommandées, ces avortements contribuent à un taux élevé de mortalité maternelle. La RDC étant parmi les cinq pays au monde dans ce triste bilan.
Selon le logiciel DHIS2 en 2021, seuls 17% des jeunes et adolescents ont accédé aux services de santé en RDC. Et pourtant, d’après le Plan stratégique pour la santé et le bien être des adolescents et jeunes (2021-2025), 32,8 % de la population est âgée de 10 à 24 ans.
Au pays, le taux de prévalence en contraception se situe autour de 20% d’une manière générale. Et les adolescents et jeunes constituent une catégorie la moins servie. Manque de moyen, stéréotypes sur les méthodes, préjugés et cadre légal qui prône l’autorisation parentale ou de tuteurs avant l’âge de 15 ans pour toutes méthodes contraceptives sont autant de facteurs qui favorisent ce faible accès aux services de santé sexuelle et reproductive, selon les analyses.
Des organisations de la société civile œuvrant dans le secteur essaient tant soit peu, avec le soutien des partenaires extérieurs, de remonter la pente. Le projet SHARP (Solution pour soutenir des adolescents en pleine santé et la protection de leurs droits), piloté par Health Actions International (HAI), une organisation hollandaise, avec notamment la collaboration de Cadre de concertation de la femme congolaise (CAFCO), vise notamment à influencer les politiques, les services, à obtenir un engagement multi acteurs, mais aussi à mobiliser les influenceurs, pour améliorer l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive pour les jeunes et adolescents.
Infos.cd
*Nom d’emprunt