Édito de NKUY KIMBUNGU WALLY W. chercheur en Sciences Po (Université de Kinshasa)
En République démocratique du Congo, le mot dialogue revient avec insistance.
Opposants politiques et M23 réclament un dialogue global et inclusif.
La majorité, elle, redoute une infiltration des institutions par le Rwanda sous couvert du M23.
Entre les ratés diplomatiques et le retour appuyé à Luanda, une question s’impose :
quels préalables pour une résolution de la crise congolaise ?
Premier verrou : clarifier la nature du conflit
Sommes-nous face à une crise politique interne ou à une agression extérieure déguisée ?
Les faits sont têtus.
Rapports onusiens, soutien logistique, chaînes de commandement, objectifs territoriaux :
tout indique une agression indirecte, avec un habillage congolais.
Tant que la RDC traite le M23 comme un simple acteur politique interne, elle négocie en position de faiblesse.
Le préalable est donc clair : il n’y a pas de dialogue politique possible avec un groupe armé soutenu par un État étranger tant que ce soutien n’est pas levé.
Cela ne ferme pas la porte au dialogue, mais en fixe les règles.
Deuxième préalable : restaurer la cohérence diplomatique
Nairobi, Luanda, Doha, Washington.
À force de multiplier les pistes, Kinshasa a donné l’image d’un État en navigation à vue.
Or, en diplomatie comme en sécurité, un acteur perçu comme hésitant devient un acteur contournable.
Le retour à Luanda avec deux déplacements du président Félix Tshisekedi en moins d’une semaine n’est pas un repli.
C’est un recentrage stratégique.
À condition qu’il s’accompagne d’un canal unique de médiation, d’un narratif unifié et de lignes rouges clairement assumées.
Troisième préalable : sécuriser le terrain avant de sécuriser la politique
L’histoire congolaise est sans appel.
2003, 2009, 2013 :
des dialogues ont produit infiltration, recyclage et récidive.
Aucun dialogue crédible ne peut s’ouvrir tant que le rapport de force militaire est défavorable.
D’où l’insistance du président Tshisekedi sur le cessez-le-feu immédiat.
Mais attention :
un cessez-le-feu sans contrôle devient un piège. Il doit être vérifiable, supervisé, sanctionnable, avec gel des lignes de front, cantonnement réel et zéro brassage dans les forces de sécurité.
Quatrième préalable : assainir l’espace politique et institutionnel
La crainte d’infiltration n’est pas une paranoïa.
Elle est fondée sur des failles internes réelles.
Audit de loyauté, protection des secteurs sensibles, distinction claire entre opposition républicaine et relais de groupes armés : voilà le minimum.
Cinquième point : redéfinir le sens du dialogue inclusif
Le dialogue n’est pas un blanc-seing.
Il ne peut se tenir sous la menace des armes.
Il doit être séquencé : d’abord sécuritaire et diplomatique, ensuite politique.
Le M23 est un dossier sécuritaire, pas un acteur fondateur du contrat politique national.
Dernier préalable souvent oublié : préparer l’opinion et l’armée
Expliquer, rassurer, fixer les limites.
Éviter toute impression de capitulation déguisée.
Restaurer la confiance des FARDC, trop souvent démoralisées par des compromis sans lendemain.
En définitive, la RDC ne souffre pas d’un manque de dialogues, mais d’un excès de dialogues mal préparés. Le vrai préalable est là :
rééquilibrer le rapport de force diplomatique, sécuritaire et narratif avant toute ouverture politique.
Sans cela, le dialogue fragilise l’État, légitime la violence et prépare la prochaine crise.
La paix durable ne naîtra pas d’un compromis précipité, mais d’un État qui parle d’une seule voix, contrôle son territoire et impose ses règles avant de négocier.






