Sans eau potable, électricité, route asphaltée… Les habitants de la deuxième ville de la province du Sankuru n’ont pas accès aux moyens minimum de survie.
Lundi 11 décembre 2023, le directeur général de l’Agence de pilotage et de suivi de convention et de coordination (APCSC), Freddy Yodi Shembo, lance, dans la fièvre des élections générales du 30 décembre, les travaux de construction et réfection de l’aéroport national de Lodja, deuxième et principale ville de la province du Sankuru.
Huit mois plus tard, ces travaux concernant le revêtement de la piste de 2.200 mètres de longueur et de 30 mètres de largeur avec du béton hydraulique et la construction de la tour de contrôle, d’un bloc technique ainsi que d’une aérogare, n’ont pas avancé. Sur place, à côté de la première pierre posée, la végétation a repris ses droits, constate sur place Infos.cd
« Rien n’a été fait ici depuis », explique un agent rencontré dans cette piste sablonneux au cœur du Congo.
Faute de routes, l’aéroport est l’unique moyen d’atteindre facilement une entité enclavée qui manque de tout. Située sur la route nationale n°7, Lodja, une agglomération d’environ 500.000 habitants, peine à se développer.
La joie de vivre et l’hospitalité des Tetela (tribu majoritaire dans ce coin) contrastent avec leurs conditions de vie exécrables.
Le calvaire des femmes pour s’approvisionner en eau
Ce peuple n’a pas de routes asphaltées, encore moins en terre battue. Aucune station-service à l’horizon. Il n’a pas non plus l’accès à l’eau et à l’électricité. La présence de la Regideso n’est qu’anecdotique.
Pour s’approvisionner en eau, les populations de Lodja recourent aux puits de forages. Bijou, la trentaine révolue, raconte son calvaire :
« Je suis obligée de parcourir trois ou quatre fois la journée les deux kilomètres entre ma maison et le forage ».
Au forage Paul Lau, très prisé par les Lodjassiens, il faut débourser entre 100 et 200 francs pour obtenir un bidon de 25 litres. « On n’a pas de choix. La REGIDESO a installé des points d’eau mais c’est encore plus loin. En plus ces points ne fonctionnent pas chaque jour », poursuit-elle.
Thérèse, la soixantaine, doit avaler elle plus de 5 kilomètres chaque jour pour atteindre le forage Paul Lau, installé par un ressortissant européen.
Pour elle, parcourir cette longue distance permet de faire des économies alors qu’elle habite non loin d’un point d’eau de la Regideso. « Ici, un bidon ne coûte que 100 francs. A la REGIDESO, c’est jusqu’à 250, voire 300 francs », justifie-t-elle.
Une ville qui se couche tôt
Lodja, c’est aussi une ville qui dort tôt. Dès le coucher du soleil, la ville n’est pas animée, faute de l’électricité. Non connecté au réseau de la Société nationale de l’électricité (SNEL), le centre économique de la province du Sankuru se contente de quelques poteaux d’éclairage public, installés depuis 2018, principalement au centre-ville et aux alentours du marché central.
Ici, le panneau solaire est roi. Les rares ménages un peu aisés disposent des groupes électrogènes.
« Nous souffrons ici. Nous faisons parfois quatre jours pour atteindre Libele, qui est pourtant situé à moins de 150 kilomètres d’ici. On ne parle même pas de Lomela et de Kole. Le Sankuru ne possède même pas un demi-mètre de macadam », déplore un autre habitant de Lodja.
Aucune grande société privée n’est implantée dans la région, si ce n’est de petits commerces locaux, et les petites exploitations agricoles ou encore l’exploitation artisanale du diamant. La population vit essentiellement d’agriculture. On y cultive notamment le riz de montagne, le manioc, les haricots, l’arachide ou encore du maïs. Jadis, cette partie du pays possédait également des plantations de café, de coton et d’hévéa. Elles ont depuis été abandonnées.
Yvette Ditshima