L’annonce de Corneille Nangaa d’instaurer le fédéralisme en RDC n’est pas a priori une innovation et ce n’est pas la première fois qu’il l’évoque. Le fédéralisme est un concept qui a fait l’objet de plusieurs réflexions, suggestions, propositions. La constitution de Luluabourg de 1964 et la Connférence nationale souveraine de 1992 avaient levé l’option pour cette forme de l’Etat.
L’Udps qui a mené une longue, noble et héroïque lutte pour la démocratie et l’Etat de droit en RDC avait inscrit le fédéralisme en lettre d’or dans son projet de société. Ce qui veut tout simplement dire que l’idée n’est pas incongrue mais elle sucite plusieurs questions. Le fédéralisme est-il opportun aujourd’hui avec les menaces de la Yougoslavisation qui pèse dans notre pays ? Cela ne passe-t-il pas par un changement de la constitution ? Ce sujet complexe et perplexe ne mérite-t-il pas d’être soulevé lors du dialogue inclusif ? Tenant compte du temps qu’il faut pour mettre en pratique ce mode de gestion de la res publika, les élections de 2028 doivent-elles être repoussées ?
Un sage de mon village de Wenga dans les Ankutshu, en territoire de Kibombo disait : « Si un fou vous prévient de la présence d’un lion dans les environs et après vous voyez effectivement la bête, allez-vous rester incrédule ? ». Il n’y a pas que Nangaa qui prône le fédéralisme. Récemment, Olivier Kamitatu avait fait la même suggestion même si ce n’est pas une position officielle d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi. Mon collègue co-fondateur de l’Udps, Sita Soni Zeno, ergote régulièrement le fédéralisme même dans les chansons.
Le fédéralisme ne doit pas être confondu à l’irredentisme, au séparatisme ou à la sécession. Un tel raisonnement reste caricatural. Le jacobinisme et le centralisme sont des notions antinomiques certes, mais aucune n’a le monopole de la démocratie, du développement ou du progrès social. Les exemples abondent pour démontrer qu’il n’y a pas un système meilleur qu’un autre. Tout dépend de l’homme qui doit appliquer ce système. La France qui applique l’unitarisme est autant développé que l’Allemagne.
Eu égard à mon expérience, expertise et connaissances empiriques, j’estime qu’il faut mûrir la réflexion au lieu de s’adonner à la précipitation inconsidérée comme on l’a fait pour le découpage provincial. Tout simplement parce qu’on voulait rapidement à tout prix regler les comptes à un gouverneur. Le régime actuel incarné par Félix passera certainement mais la RDC restera. Ce qui veut tout simplement dire que nous devons regarder l’intérêt supérieur de la Nation au détriment de nos chapelles politiques.
C’est pour cette raison que je prône la Constitution du Camp de la Nation pour recouvrer la souveraineté et l’intégrité territoriale de notre pays dans ses frontières issues de la colonisation. Après, on pourra mettre ce sujet du fédéralisme sur la table en famille. Dans la situation actuelle de la déliquescence et fragilité du pays actuellement, le processus de la mise en place du fédéralisme risque à coup sûr de diviser le pays. Ça équivaut à mettre la charue devant le bœuf, mieux c’est ouvrir une boîte de Pandore.
Ce qui se passe ailleurs se passe en RDC, mais ce qui se passe en RDC ne se passe nulle part ailleurs.
L’union fait la paix, l’union fait la force, l’union engendre les progrès.
Moise Moni Della
– Co-fondateur de L’Udps
– Vice-ministre honoraire de la Presse et de l’Information
– Président des Conade






