L’opération d’assainissement lancée depuis quelques semaines par les autorités urbaines a bien l’air du déjà-vu. Les précédentes ont connu une durée de péremption bien plus courte dans l’observance de leurs mesures et l’histoire risque bien de se répéter.
Toute la ville en parle. Du Boulevard Lumumba à Lemba-Super en passant par l’avenue des Poids-lours, rond-point Ngaba ou encore l’ex-24 Novembre au niveau de Bandal, les bulldozers de la ville de Kinshasa ont tout ou presque rasé sur leur passage : bars, terrasses, hangars, marchés pirates, constructions anarchiques…

Bienvenue à l’opération « Coup de poing » ! Elle est saluée par une bonne partie de Kinois, sauf ses nombreuses « victimes » qui se sont même constituées en collectif pour contester une mesure qui laisse certains sans activité économique, d’autres sans habitation.
« Coup de poing » rappelle surtout Jean Kimbunda. En 2004, l’ancien gouverneur de la ville était le premier à utiliser ce terme pour le même type d’opération d’assainissement. Une opération dont l’observance des mesures n’a duré que le temps de tourner le dos.
Dix-neuf ans après, l’on s’interroge sur la suite à donner à cette nouvelle opération. Entre les deux « Coup de point», on ne compte pas des coups de récidive. Ces opérations ont toujours eu une durée de vie éphémère. Ce n’est pas le gouverneur André Kimbuta ayant régné plus de 12 ans à la tête de la ville, qui a fait la différence.
Le tandem Ngobila-Gecoco fera-t-il cette différence ? Déjà, dans quelques endroits démolis, le retour en force se fait remarquer. Le cas de l’avenue de l’Université entre le rond-point Bongolo et Kapela. Débits de boissons (sous les arbres), briqueteries, garages pirates, kiosques, menuisiers n’ont pas attendu un mois pour refaire surface. A la désormais célèbre avenue Nyangue à Lingwala, des structures de bars ont été démolis, mais pas l’ambiance qui continue dès le coucher du soleil, comme si de rien n’était. Les vivants reviennent déjà parmi les morts au cimetière de Kinsuka, le premier à être visité par les bulldozers de l’Hôtel de ville.
Le syndrome de courte-rigueur nous guette, malheureusement, à moins que les nouveaux dirigeants aient tiré les leçons du passé. Sinon, Ngobila et Gecoco auront dépensé vainement de l’énergie. « Mosala ya mpunda », comme disent leurs administrés.
Socrate Nsimba