Station-service, embouteillages, marché pirate, vol… Le rond-point Ngaba, situé au Sud de Kinshasa, est l’un des points chauds de la capitale. Une anarchie qui contraste avec son passé.
Situé à l’intersection des avenues de l’Université et Bay-Pass, le rond-point Ngaba fait un clin d’œil à trois communes : Ngaba, Lemba et Makala.
Le carrefour est l’un des plus sollicités de la ville. Mais aussi aussi l’un des points chauds de Kinshasa. Ici, il y a un peu de tout : Station-service au beau milieu du rond-point, mauvais stationnements, embouteillages, marché pirate, voleurs…
Et pourtant, à ses débuts, cet endroit avait un tout autre visage, à en croire le témoignage des anciens habitants du quartier.
« Dans les années 73-74, ce quartier était appelé Ma Campagne II pour sa propreté et l’ordre », raconte Maximilien, la soixantaine.
Et de poursuivre :
« C’était une ferme de Monsieur Righini (un belge) qui y élevait ses vaches. À l’époque, même l’avenue de l’Université n’existait pas. Il y avait seulement une petite avenue que Mobutu avait aménagé pour permettre aux étudiants d’atteindre le campus via le bus Saviem. Et même ce marché n’existait pas. Il y avait seulement un un petit restaurant de fortune (Malewa) gargote tenu par une dame ».
Pour Jimmy, vers les années 1986, cet endroit était l’un des mieux assainis de la ville. « Cette station service n’existait pas. On passait ici sans aucun souci d’être volé ou terrorisé par des Shegues et Kuluna de ce jour ».
Rond-point Ezo
En descendant l’avenue de l’Université, un autre rond-point raconte difficilement son ancienne histoire. Il s’agit du rond-point « Yolo Ezo ». Aujourd’hui, ce carrefour est devenu à la fois garage, une décharge publique et un cimetière des mini-bus 207 ou Sprinter.

« Sous l’ancien gouverneur Kabayidi, l’aménagement de cet endroit était confié à la Société nationale électricité (SNEL). Ce rond-point était bien entretenu. La SNEL l’avait aménagé en y érigeant une fontaine d’eau et en entretenant sa pelouse. La lumière y était également, en témoigne ces vieux poteaux électriques. On y avait placé des sièges en forme de bancs avec dossier. Nombreux élèves et étudiants venaient y réviser leurs matières », témoigne Jean Balu, la soixantaine.
Ce dernier indique qu’à l’époque, il y avait un arbre qu’on appelait flamboyant qui était planté autour de ce rond-point et le long de l’avenue université. À la floraison, ce lieu dégageait l’odeur d’un bon parfum.
« Avant l’avènement du Salongo, il y avait des cantonniers, qui étaient payés pour l’assainissement de la ville. On les trouvait plusieurs dizaines de milliers au niveau de Sendwe. Ils étaient les travailleurs de l’Etat et leur boulot était de nettoyer la ville. Aujourd’hui, on nous parle des ONG qui sont une maffia mise en place par des politiciens et dirigeants de la ville », fustige fiston, mécanicien.
En descendant encore vers Yolo, le rond-point Bongolo offre lui-aussi un spectacle désolant. Abandonné, il accueille aujourd’hui plus d’immondices que de coups de ballet.
Giscard Havril Mane