Le 2 août 1998, éclate ce qu’on appelle communément la « Deuxième guerre du Congo » avec les hostilités lancées par le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) soutenu particulièrement par le Rwanda mécontent de la fin du deal avec Laurent-Desiré Kabila.
Si cette guerre a officiellement pris fin en 2003 avec le dialogue intercongolais de Sun City ouvrant une porte à une transition politique (1+4), ses conséquences demeurent dans une région orientale congolaise qui vit depuis dans un cycle infernal d’insécurité.
Vingt-quatre ans après, la justice n’a jamais été rendue à plus de 6 millions de victimes directes et indirectes de cette guerre, selon plusieurs sources statistiques. Le projet d’un tribunal international spécial pour la situation dans l’Est de la RDC est longtemps mis sur la table, – le Prix Nobel de la Paix Denis Mulwege en a fait son cheval de bataille, mais ne donne pas une suite favorable dans l’opinion tant nationale qu’internationale.
Bienvenu Matumo, militant du mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha) et Maud-Salomé EKILA militante d’urgence panafricaniste interrogés par Infos.cd s’inquiètent de cette situation.
Selon Maud-Salomé EKILA, la création d’un tribunal pénal international est bloquée par le simple fait que » ces massacres résultent des conflits économiques ».
«Nous sommes face à des conflits qui ont pris leurs racines dans cette exploitation massive du sous-sol congolais. Cette exploitation a pour seul but des profits économiques et tout est bon pour les multinationales qui réalisent des profits quitte à asservir, massacrer, éradiquer, violer et détruire les Congolaises et les Congolais », declare-t-elle.
Elle évoque un « chaos devenu ultra complexe ».
« Après près de trois décennies d’impunité, il y a aujourd’hui autant d’acteurs impliqués que de narratives mensongères qui pullulent de tous les côtés, martèle-t-elle.
Cela rend la situation difficile à comprendre et à analyser d’autant qu’il y a cette tendance à toujours faire passer les conflits qui secouent notre pays comme étant le fruit uniquement d’africains qui se font la guerre entre eux».
Cependant, pour elle, les congolais ne devraient pas céder à » l’intimidation en laissant la place aux arrangements politiques entre belligérants qui ne sont pas du tout une solution pour rétablir la paix ».
« La justice ne se négocie pas et nous n’accepterons pas de revoir à la baisse notre demande d’obtenir des juridictions internationales et internationalisées pour juger les crimes commis sur le sol congolais. Nous avons le droit comme tout autre peuple de la planète à la dignité et au respect et nous les arracherons, s’il le faut», martèle Maud-Salomé.
Bienvenu Matumo indique pour sa part que la Lucha est déterminé, à travers des actions, à réclamer que justice soit rendue » à ces millions des Congolais morts dans ces tragédies ».
Et d’ajouter : » On doit se battre pour réhabiliter la mémoire congolaise et concilier les Congolais avec leur histoire marquée par ces massacres, ces tueries et assassinats injustes contre les Congolais ».
« Dans diverses actions menées, les militants de la Lucha ont rappelé à la communauté nationale et internationale que la paix durable ne sera jamais obtenue si l’impunité continue à être une voie d’accès et d’exercice du pouvoir politique en RDC. Nous avons participé à plusieurs dynamiques de plaidoyers de la société civile congolaise visant à exiger la mise en œuvre du Rapport Mapping et de la mise en place de ces mécanismes de justice transitionnelle », rappelle-t-il.
En août 2022, lors d’un Conseil des ministres, le chef de l’Etat, Felix Tshisekedi avait exprimé la volonté de s’intéresser à la justice transitionnelle.
«Rien n’empêche l’État congolais à démarrer déjà rapidement avec le pilier des réparations comme le fait le Global Survivor Fund qui démontre à travers un projet pilote sur le terrain depuis 3 ans, la faisabilité de l’octroi de réparations par des indemnités, des constructions de stèles, de monuments de mémoire et un suivi psychologique aux victimes sans que cela ne soit ingérable financièrement», laisse entendre Maud-Salomé EKILA.
Ce mardi à Kinshasa, des mouvements citoyens organisent « Genocost », une manifestation populaire pour commémorer les victimes de ce qu’ils appellent « génocide des Congolais ».
Yvette Ditshima