La possibilité d’un retour du péage à 1 222 USD pour les grands camions sur l’axe Kalemie-Manono suscite l’inquiétude parmi les transporteurs, commerçants et autorités locales. La société chinoise Huipeng, qui perçoit cette taxe, serait accusée de militer pour un relèvement des tarifs, alors que la population réclame le maintien du tarif actuel de 200 USD.
La baisse du péage, passée de 1 222 USD à 200 USD pour les grands camions, soit une réduction de près de 80%, avait été actée par l’arrêté du 12 juin 2026 du ministre des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction, John Banza Lunda. Cette décision fait suite à la mission de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka à Kalemie, en mars 2026, et aurait été prise sous l’impulsion du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Des effets visibles sur le terrain
Sur l’axe Kalemie-Manono, long de 446 kilomètres via Nyunzu et reliant les routes nationales 33 et 5, les usagers constatent que la baisse reste effective. Aux postes de péage de Kachelewa et Tundwa, les transporteurs continuent de payer 200 USD pour les grands camions.
Au marché de transit de Nyunzu, les effets de cette mesure sont visibles.
« Avant, on était découragés par les frais. Maintenant, les transporteurs ont repris avec dynamisme, les coûts ont baissé », témoigne Fiston Bahati, vice-président du CEMCODEV Tanganyika.
Pour les conducteurs, le retour aux anciens tarifs serait intenable.
« Avec 200 dollars, on arrive à circuler ; à 1 222 dollars, on ne savait plus rouler », explique Jean-Paul Ruhune, conducteur.
La FEC et les élus s’opposent à une hausse
La Fédération des entreprises du Congo (FEC) s’oppose à tout retour en arrière. Selon l’organisation patronale, la baisse des tarifs a bénéficié d’un large soutien populaire, renforcé la confiance des citoyens et permis de stabiliser les prix. Un rétablissement des anciens tarifs constituerait, selon elle, une erreur économique majeure pénalisant les opérateurs et le consommateur final.
Du côté des élus, un député national a appelé le gouvernement à maintenir les décisions prises au profit de la population. Selon lui, un retour aux anciens tarifs fragiliserait l’environnement des investissements et créerait un climat de méfiance, alors que cette route est stratégique pour le développement de l’Est et la sécurité nationale.
Le président de l’Assemblée provinciale, le gouverneur Christian Kitungwa ainsi que les ministres provinciaux concernés ont également été interrogés sur cette question. Plusieurs voix appellent le chef de l’État à verrouiller définitivement le tarif de 200 USD.
Une route stratégique pour l’Est
L’axe Kalemie-Manono constitue un corridor essentiel pour l’approvisionnement de l’Est du pays. Par la RN5, il permet de rejoindre Uvira et Bukavu, tandis que l’axe Kabalo-Kongolo-Kindu relie la région au Maniema et à Goma.
« Par ici passent le maïs, le manioc, le poisson du lac, l’huile de palme », explique Aspic Fundi, commerçante. Pour Léonce Cidogo, commerçant et responsable de dépôt, toute hausse du péage aurait des conséquences directes sur les prix des denrées.
« Les prix des denrées sont devenus abordables. Si le péage remonte, tout va flamber », alerte-t-il.
Le ministère rassure, Huipeng silencieuse
Contacté, le ministère des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction n’a pas permis de réaliser une interview avec le ministre John Banza Lunda ou son cabinet. Toutefois, un collaborateur du ministère, ayant requis l’anonymat, a rassuré que, malgré les pressions, rien ne serait changé et que le tarif resterait à la baisse.
La société Huipeng, contactée, n’a pas encore accordé d’interview.
Pour les populations de Kalemie, Manono, Bukavu, Goma et Kindu, la route doit rester un projet de bien-être public. Leur appel est clair : maintenir le péage à 200 USD afin de préserver la fluidité du commerce, la stabilité des prix et le développement de l’Est du pays.
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