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Accueil » Kinshasa à la croisée des chemins : entre le spectre d’Haïti et le souvenir du colonel Bangala
Politique

Kinshasa à la croisée des chemins : entre le spectre d’Haïti et le souvenir du colonel Bangala

La RédactionBy La Rédactionmai 22, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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Kinshasa à la croisée des chemins : entre le spectre d’Haïti et le souvenir du colonel Banga

La rencontre entre la ndona Première ministre Judith Suminwa Tuluka et le caucus des députés nationaux ressortissants de Kinshasa intervient à un moment critique de notre histoire urbaine. Braquages, kidnappings, agressions à main armée, violences des Kuluna, criminalité organisée : la capitale congolaise donne désormais des signes inquiétants d’effondrement sécuritaire.

Et il faut avoir le courage de le dire sans détour : si nous ne faisons pas très attention, Kinshasa peut devenir le Haïti au centre de notre continent noir.

Une mégapole incontrôlée, rongée par les gangs, la peur et l’effondrement progressif de l’autorité de l’État.

Cette comparaison avec Haïti n’est malheureusement pas anodine. En Haïti, les criminels armés qui terrorisent aujourd’hui la population sont désignés sous le terme général de gangs ou gangs armés. Face à l’effondrement progressif de l’autorité de l’État, ces groupes ont fini par contrôler des quartiers entiers, imposant leur propre loi par la terreur, les enlèvements et les extorsions.

Le gouvernement haïtien, plusieurs pays voisins comme la République dominicaine ainsi que les États-Unis ont officiellement classé plusieurs de ces groupes comme des organisations terroristes. Cette évolution montre à quel point une criminalité urbaine mal maîtrisée peut progressivement muter en véritable menace nationale.

En Haïti, une expression populaire est même née pour dénoncer cette dangereuse collusion entre criminalité et pouvoir : les « bandits légaux ». Une formule devenue célèbre pour critiquer l’impunité de certains criminels ainsi que leurs connexions historiques avec certains secteurs politiques et économiques.

La RDC doit méditer sérieusement cette tragédie haïtienne. Car lorsqu’un État laisse prospérer trop longtemps des bandes violentes, celles-ci finissent toujours par défier directement l’autorité républicaine.

Cette alerte n’est pas une exagération. Elle est un devoir patriotique.

Face à cette montée du « terrorisme urbain », les députés de Kinshasa ont eu raison de rencontrer la Première ministre afin de lui remettre un cahier des charges clair et sans complaisance. Car le peuple kinois étouffe. Les familles vivent dans l’angoisse permanente. Les commerçants ferment plus tôt. Les quartiers deviennent des zones de non-droit.

Mais cette rencontre doit aller au-delà des simples diagnostics administratifs.

L’heure est venue de restaurer l’autorité de l’État.

En suivant cette actualité, je me suis immédiatement rappelé du Colonel Alphonse-Devos Bangala, cet homme qui, dans les années 1960, avait réussi l’exploit de mater la délinquance juvénile qui terrorisait alors Léopoldville. Les fameux « Bills » et « Yankees » imposaient déjà leur loi dans les rues de la capitale naissante. Mais Bangala avait compris une chose essentielle : une ville ne survit pas longtemps lorsque l’État recule devant les bandes.

Son administration fut dure, rigoureuse et redoutée. À tel point que le grand Franco Luambo Makiadi et le T.P. OK Jazz immortalisèrent cette époque dans la célèbre chanson : COLONEL BANGALA:

« Mobongisi monene ya ville ya Kinshasa, Colonel Bangala…
Mobundi monene ya délinquance juvénile…
Mopekisi monene ya mobulu na Kinshasa… »

Ces paroles traduisent une réalité historique : Kinshasa fut sauvée du chaos grâce à une autorité forte et assumée.

Bien entendu, l’histoire du Colonel Bangala reste aussi marquée par les zones sombres du pouvoir de l’époque, notamment le drame des Martyrs de la Pentecôte de 1966. L’histoire retiendra les contradictions des hommes et des régimes. Mais il serait intellectuellement malhonnête de nier son efficacité dans la restauration de l’ordre public.

Aujourd’hui, la RDC doit avoir le courage de réfléchir sérieusement à la création ou au renforcement d’unités spéciales capables de faire face à cette criminalité devenue quasi-paramilitaire.

C’est dans cette logique que j’évoque le modèle BOPE brésilien.

Qu’on me comprenne bien : le BOPE ( signifie Batalhão de Operações Policiais Especiais, ce qui se traduit en français par Bataillon des opérations spéciales de police) n’est pas la seule unité d’élite au monde spécialisée dans la lutte contre les gangs lourdement armés et la guerre urbaine. Plusieurs pays ont développé des forces comparables afin de répondre à des formes modernes de criminalité devenues quasi-militaires.

Au Mexique, par exemple, le GOPE (Grupo de Operaciones Especiales) fut conçu pour affronter les cartels de la drogue hyper-militarisés comme ceux de Sinaloa ou du CJNG. Ces unités interviennent avec des blindés, des armes de guerre et parfois même des hélicoptères d’attaque dans des zones totalement contrôlées par les narcotrafiquants.

En France, le RAID et le GIGN représentent également des références mondiales en matière de contre-terrorisme, de libération d’otages et de neutralisation de criminels extrêmement dangereux. Leur niveau d’entraînement est parmi les plus sévères au monde.

Aux États-Unis, les unités SWAT des grandes métropoles ainsi que le FBI HRT (Hostage Rescue Team) interviennent contre les gangs lourdement armés, les prises d’otages et les situations de crise à haut risque.

Même au Brésil, le BOPE n’est pas seul. Il existe également le CORE, unité d’élite de la Police civile de Rio de Janeiro, qui mène des opérations similaires contre les narcotrafiquants dans les favelas.

Alors pourquoi avoir particulièrement évoqué le BOPE ?

Parce que parmi toutes ces unités, le BOPE représente probablement l’exemple le plus proche des réalités du continent noir et particulièrement kinoises.

Rio de Janeiro et Kinshasa présentent certaines ressemblances inquiétantes : croissance urbaine incontrôlée, quartiers populaires extrêmement denses, pauvreté massive, chômage des jeunes, économie informelle tentaculaire, criminalité territorialisée et faiblesse progressive de l’autorité publique dans certaines zones.

Le BOPE a justement été pensé pour intervenir dans ce type d’environnement urbain chaotique où la police classique devient insuffisante.

Je ne glorifie ni la violence ni les excès parfois reprochés à cette unité. Je rappelle simplement qu’à un certain niveau de criminalité, l’État doit retrouver sa capacité de dissuasion et sa présence dans les quartiers abandonnés à la loi des gangs.

C’est pourquoi je formule ici une recommandation spéciale à l’endroit de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka : la RDC devrait envisager sérieusement la création d’une unité spéciale urbaine d’intervention rapide, hautement entraînée, disciplinée et équipée pour reprendre le contrôle des zones les plus dangereuses de Kinshasa.

Cette unité ne devrait pas être conçue comme un instrument de terreur contre la population, mais comme une force républicaine spécialisée dans la lutte contre les gangs armés, les kidnappings, les braquages organisés et le terrorisme urbain.

Kinshasa est une mégapole de plus de quinze millions d’habitants. Une telle ville ne peut plus être sécurisée uniquement avec des méthodes classiques de maintien de l’ordre héritées d’une autre époque.

La RDC doit désormais adapter son architecture sécuritaire aux nouvelles formes de criminalité urbaine.

Cependant, j’ose croire que les députés nationaux ont également sensibilisé les acteurs des droits humains et des droits de l’homme avant que le gouvernement ne prenne des dispositions appropriées. Car l’expérience dans notre continent nous montre souvent un paradoxe dangereux : lorsque l’État ne protège plus la population, on lui reproche son absence ; mais lorsqu’il agit avec fermeté, certains dénoncent immédiatement des violations des droits de l’homme.

La vraie question doit être posée avec honnêteté :
les droits de l’homme protègent-ils aussi les paisibles citoyens terrorisés chaque jour dans les communes populaires de Kinshasa ?

Les mamans agressées ?
Les étudiants dépouillés ?
Les taximen assassinés ?
Les familles kidnappées ?

L’État doit évidemment respecter la loi, éviter les abus et sanctionner les dérives. Mais il ne doit jamais tomber dans la paralysie sécuritaire par peur des critiques internationales.

La sécurité du peuple est le premier des droits humains.

Kinshasa est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Soit nous restaurons rapidement l’autorité républicaine, soit nous laisserons progressivement la capitale tomber sous le contrôle des gangs, des réseaux criminels et de l’économie de la peur.

Le temps des demi-mesures est terminé.

L’histoire nous observe.

Et les générations futures jugeront sévèrement ceux qui auront regardé Kinshasa sombrer sans agir.

Par Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé
Activiste, Penseur et Notable de Madimba

Colonel Bangala Judith Suminwa Kinshasa
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